Pour que la RENCONTRE et le DIALOGUE deviennent l’oxygène de la PAIX…
Voeux de Madipax à la cérémonie des voeux de paix de Tibhirine, association pour le dialogue interreligieux, au temple protestant de Nantes le 13/01/26.
Il y a 30 ans, en mars 1996, au moment de l’enlèvement des moines de Tibhirine en Algérie, le mouvement Tibhirine naît à Nantes. Quelques mois après, en décembre 1996, nous lancions « les Rencontres Interreligieuses de Nantes » -rencontre d’une journée, rue Condorcet. A l’issue de la 1ere Rencontre j’avais dit ceci :
« J’ai le sentiment, pour conclure, qu’autour de Tibhirine et de notre regroupement, un mouvement est en cours. C’est une aventure entre des gens qui ne se sont pas choisis, une utopie qui fascine, à laquelle on tient et qui n’est pas prêt de s’arrêter. Nous ne savons pas où nous allons, mais nous avançons parce que nous sommes différents les uns des autres et que chacun, enraciné dans des traditions religieuses diverses ou dans un questionnement, souhaite échanger, témoigner de son expérience personnelle, en approfondir et en méditer le sens. »
Malgré ce qu’on entend en permanence aujourd’hui : « il n’y a pas d’alternative à la guerre, à la faillite, au déclin…alors on baisse les bras face à ce monde instable.. », malgré la tendance générale au repli communautaire, Tibhirine est toujours debout, a su résister aux vents contraires et est même devenu la structure interreligieuse la plus ancienne de France.Nous savons que l’urgence aujourd’hui est de retrouver le sens de l’autre d’une manière incarnée. On a tous besoin qu’autrui – qu’il soit chrétien, musulman, juif, bouddhiste, d’une autre religion ou agnostique – ne soit pas une abstraction. Nous avons besoin d’être mis en présence les uns des autres et nous devons être capables de lui redonner l’attention qu’il mérite.
Nous savons aussi, par expérience, que prendre soin d’autrui n’est pas une attitude spontanée, mais une disposition qui se construit, s’éduque et qui peut devenir une compétence.Comment avancer dans cette marche en 2026 ?
- Il nous faut d’abord revenir à l’action, à l’exigence de faire.
- On parle peu de l’action concrète, avec ses détails et très vite on aborde le stade des principes généraux et abstraits. Mais le cœur de notre action doit être dans la capacité à mobiliser effectivement toutes les femmes et tous les hommes du sens et de chaque religion pour leur permettre de vivre concrètement la rencontre ensemble. Comment mobiliser les communautés juives, musulmanes, chrétiennes, bouddhistes, bahaïs et les autres ? Comment réussir à faire ensemble ?
- Dans les actions de la Maison du Dialogue et de la Paix, MADIPAX, aussi bien les Voyages de la Paix que les différentes rencontres, repas inter, spectacles interculturels…nous comprenons qu’il ne suffit pas de faire voisiner des gens très différents pour arriver à un résultat. Il faut construire avec eux et pour eux un espace commun, il faut être là, avec eux, pour trouver ensemble de bons outils et expérimenter des actions nouvelles. C’est ce que nous avons fait avec nos amis belges et catalans et avec de la patience et de la ténacité nous élargissons nos horizons pour nous dédier concrètement à la connaissance de l’autre.
- Pour réaliser cela nous avons besoin d’idées, pas des principes, mais des idées nouvelles au sens d’approches originales permettant de cheminer ensemble même si on n’a pas le même avis, de se faire confiance et de sortir de nos zones de confort.
Nous savons, pour l’avoir réalisé, que c’est possible de décloisonner des mondes qui ne se parlent quasiment jamais, de faire naître une pensée, un langage, des projets communs.L’ouvert doit l’emporter sur le clos, le mouvement sur la stabilité en s’appuyant sur nos savoirs, nos compétences, nos expertises.
Tibhirine en a une expertise : 30 années de marche interreligieuse, ce n’est pas rien !Les menaces et les réalités criantes de 2026 que sont le changement climatique, les extrémismes, les guerres exigent de maintenir possible une communion entre religions différentes d’abord et avec tous les hommes et femmes de bonne volonté. A nous de construire d’urgence des alliances fraternelles.
Alors la rencontre et le dialogue deviendront l’oxygène de la Paix.
Jacques HUBERT.