Fêtes orthodoxes de mars 2026

1) Dimanche 22 mars 2026  – 4ème dimanche du Grand Carême : fête orthodoxe de Saint Jean Climaque.
Icône du Monastère Sainte Catherine du Sinaï- XIIe siècle :

Tropaire  : « Habitant du désert tel un ange dans ton corps, tu fis des miracles, ô Jean, notre père théophore ; par le jeûne, les veilles et la prière, tu as reçu des dons célestes ; tu guéris les malades et les âmes de ceux qui accourent vers toi avec foi. Gloire à celui qui t’a donné la force, gloire à celui qui t’a couronné, gloire à celui qui par toi accomplit pour tous des guérisons.« 

Saint Jean naît vers la fin du VIe siècle. Il devient moine très jeune. À 16 ans, il entre au monastère de Sainte-Catherine du Mont Sinaï fondé en 548 par l’empereur Justinien  sur le site du Buisson ardent (dans lequel Moïse avait vu Dieu lui apparaître, ce Buisson qui brûlait sans se consumer) dont plus tard (vers 650) il en deviendra l’Higoumène (le Supérieur). Après 19 ans de l’obéissance à son père spirituel , il part à la mort de celui-ci dans la solitude du désert où il y resta 40 ans dans une grotte , consumé par un amour de Dieu sans cesse croissant, gardant la vigilance du cœur  en vue de « circonscrire l’incorporel dans une demeure corporelle (XXVII, 7). 

Et c’est surtout par le charisme de l’enseignement spirituel que Dieu manifesta en lui sa grâce.  Saint Jean rayonne comme un astre sur la péninsule du Sinaï et donne des conseils spirituels aux moines et moniales. Il décrit comment l’homme doit élever son âme vers Dieu à l’image de l’ascension sur une échelle. Cette échelle nous rappelle celle du songe de Jacob où il voit les anges monter et descendre de la terre au ciel. Ces conseils sont réunis dans un livre sous forme de 30 chapitres comme les 30 barreaux d’une échelle. De cette échelle vient son nom Climaque (Klimax – échelle en grec). Cette Somme orthodoxe de la vie spirituelle, tant pour les moines (elle est lue chaque année, dans l’église ou au réfectoire, pendant le Grand Carême, c’est pourquoi on trouve souvent une fresque de l’Échelle  dans les monastères orthodoxes)  que pour les laïcs, n’institue pas des règles, mais à partir de recommandations pratiques, d’aphorismes, il initie l’âme au combat spirituel et au discernement des pensées. Sa parole est brève, dense et effilée, et elle pénètre, tel un glaive, jusqu’au profond de l’âme.

Cette image de l’échelle suggère que notre chemin spirituel est quelque chose de progressif, quelque chose où l’on avance par degrés. Ce n’est pas seulement les moines qui doivent vivre séparés du monde, mais tout chrétien doit savoir prendre ses distances à l’égard de tout ce qui peut dissiper son âme, de tout ce qui peut lui faire oublier sa vocation divine en la noyant en quelque sorte dans le tourbillon du monde. La base de l’échelle, c’est l’attachement au Christ. La vie spirituelle est progressive. Comme une échelle, il faut monter par degrés, il faut pratiquer toutes ces vertus que Saint Jean nous dépeint. 

Comme tous les grands auteurs spirituels, aussi bien en Orient qu’en Occident, il distingue 2 grandes phases de la vie spirituelle: une première phase où l’attrait de toutes les choses terrestres reste plus fort, du moins plus sensible en nous que l’attrait des vertus, que l’attrait de Dieu. et à ce moment-là, notre vie spirituelle doit nécessairement avoir le caractère d’un combat. Nous ne serons pas sanctifiés si nous avons un vague souci de vivre selon  l’Évangile. mais il faut que nous ayons le désir de combattre ce qu’il y a en nous de tendances mauvaises, de volonté propre, c’est à cette condition que le Saint-Esprit agira de plus en plus en nous, nous prendra de plus en plus sous sa conduite, nous parlera  de plus en plus du fond du cœur à mesure, que nous progresserons dans ce renoncement à notre « moi », à notre égo.

A ce combat, s’il a été mené avec l’aide la grâce de Dieu, sans que la présence de celle-ci soit encore vraiment perceptible à l’âme, succède une autre phase de la vie spirituelle où nous aurons le goût du bien, le goût des vertus, le goût de l’amour fraternel, le goût de la prière, de tout ce qui nous porte vers Dieu. Notre mouvement vers Dieu deviendra quelque chose de plus spontané; nous n’aurons plus à nous faire violence, nous n’aurons plus cette attirance tellement forte vers ce qui nous éloigne de Dieu. Et c’est cela qui est au fond tout le but de notre effort spirituel: arriver à cet état spirituel, à cette transformation profonde de notre être qui fera que la pratique des commandements de Dieu ne sera plus quelque chose qui s’imposera à nous de l’extérieur, quelques chose qui contrarie nos désirs, nos envies habituelles. Ce sera quelques chose de spontané qui nous portera vraiment vers Dieu, dans la joie. 

Prions donc saint Jean Climaque, mettons-nous à son école, et tâchons de gravir cette échelle pour nous élever davantage vers Dieu. Saint Jean conclut: « Puisse cette échelle t’apprendre l’enchaînement spirituel des vertus. A son sommet, « maintenant demeurent ces trois vertus: la foi, l’espérance et l’amour, mais la plus grande est l’amour (1 Cor, 13,13) » (XXX, 38)’
Extraits de Père Placide Deseille, La couronne bénie de l’année chrétienne, vol II, 2017)


2) Dimanche 29 mars 2026 – 5ème dimanche du Grand Carême : fête orthodoxe de Sainte Marie l’Égyptienne.
Fresque peinte par Père Grégoire Kroug :

Tropaire: « En toi, Mère, la création à l’image de Dieu a été vraiment sauvegardée, car ayant pris ta croix, tu as suivi le Christ  et tu as enseigné par tes actes à dédaigner la chair car elle passe,  et à prendre soin de l’âme qui est immortelle ;  Aussi ton esprit, ô bienheureuse Marie, ton esprit se réjouit-il  avec les anges.« 

La vie de sainte Marie l’Égyptienne est un des plus remarquables exemples de conversion et de pénitence de toute l’histoire chrétienne. La mémoire de cette sainte est célébrée solennellement le cinquième dimanche du Grand Carême. Sa vie, écrite par saint Sophrone de Jérusalem (550-638), est lue pendant l’office du Grand Canon de saint André de Crête, le jeudi de la quatrième semaine du grand Carême, et un tropaire en son honneur y est chanté à la fin de chaque ode du Grand Canon.

Native d’Égypte, dès l’âge de 12 ans elle quitta ses parents pour se rendre à Alexandrie où elle vécut pendant 17 ans dans la débauche et se prostituant. Un jour elle s’embarqua pour Jérusalem et arrivée à la ville sainte, elle suivit la foule qui se pressait vers la Basilique de la Résurrection, le jour de la fête de l’Exaltation de la Sainte Croix. Arrivée au seuil de l’église, une force invisible l’empêcha d’y entrer, malgré ses efforts réitérés, alors que les autres pèlerins franchissaient aisément la porte. Elle commença à réaliser que c’était l’impureté de sa vie qui l’empêchait d’approcher. Elle fondit en larmes et à la vue de l’icône de la Mère de Dieu, elle lui adressa cette prière: « Vierge Souveraine qui as enfanté Dieu dans la chair, je sais que je ne devrais pas regarder ton icône, toi qui est pure d’âme et de corps, car débauchée comme je suis, je dois t’inspirer le dégoût. Mais puisque le Dieu de toi est devenu homme pour appeler les pêcheurs au repentir, viens-moi en aide. Permets-moi d’entrer dans l’église pour me prosterner devant sa Croix. Et dès que j’aurai vu la Croix, je te promets de renoncer au monde et aux plaisir, et de suivre la chemin de salut que tu me montreras » Elle se sentit soudain délivrée de cette puissance qui la retenait et put entrer dans l’église. Puis, revenue devant l’icône elle se déclara prête à suivre le chemin que la Père de Dieu lui indiquerait. Une voix lui répondit: « Si tu passes le Jourdain, tu y trouveras le repos ». 

Elle passa donc le fleuve et vécut 47 ans dans le désert sans y rencontrer personne, ni homme ni animal. Après tant d’années un saint vieillard, Zosime, qui s’était engagé dans le désert au delà du Jourdain pour y passer le Grand Carême, aperçut un jour un être humain, le corps noirci par le soleil et les cheveux blancs comme de la laine. Sur les instance du moine, ravi d’avoir rencontré un être théophore qui avait atteint la perfection de la vie monastique, la sainte lui raconta sa vie et sa conversion, puis le pria de se rendre l’année prochaine avec la communion aux bords du Jourdain. Le jour venu, Zossime vit Marie traverser le Jourdain en marchant sur les eaux. Ayant communié, elle dit : « maintenant, Maître, tu peux laisser aller en paix ta servante selon ta parole, car mes yeux ont vu ton salut » (Luc 2, 29). Puis elle congédia Zosime en lui donnant rendez-vous l’année suivante.

L’année écoulée, Zosime trouva la Sainte étendu à terre, les bras croisés et le visage tourné vers l’orient. Après avoir vainement essayer de creuser le sol , il vit tout à coup un lion s’approcher du corps de Marie et ordonna à celui-ci de creuser une fosse où il déposa avec dévotion le corps de la sainte. 

De pécheresse invétérée, sainte Marie est devenue une source d’espérance et un modèle de conversion. C’est pourquoi l’Église a placé la célébration de sa mémoire à la fin du Carême, comme un encouragement à tous ceux qui ont négligé  leur salut, proclamant que jusqu’à la dernière heure le repentir pourra les ramener à Dieu. (Extrait du Synaxaire de l’Eglise orthodoxe)

« La source du repentir, c’est le sens de Dieu. Si nous réalisions cette disproportion entre la grandeur de Dieu, l’infinité de son amour, et ce qu’est notre péché, notre refus d’obéissance, oui, notre cœur devrait se briser. Et sainte Marie l’Égyptienne est l’exemple même de ce brisement de cœur. L’Église orthodoxe chante  que par sa pénitence, sainte Marie est devenue l’épouse du Christ. Car si la pénitence brise cette sorte de mur de fer qui nous sépare de Dieu, elle nous permet par là même de réaliser ce que Dieu a voulu pour nous. Il a voulu que l’être humain, dans le mystère de l’Église, qui est l’épouse du Christ, participe à ce mystère, que chaque âme chrétienne devienne vraiment épouse du Christ. 

Et c’est à la veille de Pâques que l’Église livre, en méditant sur l’exemple de sainte Marie l’Égyptienne, le sens de tout notre effort accompli durant ce Grand Carême. » ( Extraits de Père Placide Deseille, La couronne bénie de l’année chrétienne, vol II, 2017)





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