Réactions à la déclaration des vingt deux musulmans sur Abou Dahbi

VINGT-DEUX RESPONSABLES MUSULMANS COMMENTENT LA DECLARATION DU PAPE FRANCOIS ET DE L’IMAM DE LA MOSQUEE EL-AZHAR, juillet 2019, 13 pages. 

Sous le titre « La Fraternité pour la connaissance et la coopération » (13 pages)(1), vingt-deux responsables musulmans du monde entier commentent la désormais célèbre Déclaration du pape François et d’Ahmad Al-Tayyeb, imam de la Mosquée El-Azhar, du Caire, signée le 4 février 2019, à Abou Dhabi (éd. Salvator, 2019, 17 pages).
Ces vingt-deux responsables sont de l’Europe: de la France et de l’Italie aux pays de l’Est (Bosnie, Slovénie,..), de l’Asie (Inde, Singapour, Pakistan,..) au Canada, de l’Afrique (Tunisie, Algérie, Sénégal, Nigéria,..) au Liban et aux Emirats arabes unis. Ils sont sunnites, chiites (de Najaf en Irak,…), et soufis.

Dans les signataires, les lecteurs reconnaissent particulièrement Abd Al-Haqq Guiderdoni, de l’Institut Français de Civilisation Musulmane (IFCM, Lyon 8°), qui, l’été 2019, à Briançon, a animé la Table-Ronde sur « La rencontre de st François d’Assise et du Sultan d’Egypte en 1219: une rencontre Orient et Occident ? », puis, à Embrun, a participé, avec Mgr Xavier Malle, à la conférence du Frère Gwénolé Jeusset: « Le Saint et le Sultan: la rencontre entre deux croyants ».
De même, la signature de Yahya Pallavacini, du COREIS (Italie), venu l’été 2019 également, à Briançon en collaboration avec l’Institut des Hautes Eudes Islamiques (IHEI), son père l’imam Abd Al-Wahid Pallavacini étant cité dans le document à partir de son livre « L’islam intérieur » (éd. Bartillat, 2013) et venu dans les Hautes-Alpes pour diverses tables-rondes à Gap, Embrun et Briançon.

Dans leur document, ces responsables musulmans expriment leur réception très positive de la Déclaration du Pape et de l’Imam d’Al-Azhar: « leur grande satisfaction pour cette réalisation ». lls la tiennent pour un texte historique marquant un seuil à partir duquel s’instaure un « point de départ (autant qu’un point de non-retour) ».
Les auteurs prennent acte de la perspective majeure de la Déclaration d’Abou Dhabi centrée, selon son titre, sur « La Fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune ». Ils apprécient son humanisme fondamental fondé sur l’Etre du Dieu Unique, et sur les valeurs qu’il soutient: la construction de la relation de réciprocité, de la paix, de la justice,.. au service d’un monde qui sache ne pas réduire sa pensée au simple matérialisme, mais s’ouvrir à des valeurs de transcendance. Dans le fond, « il ne s’agit pas de comprendre le pluralisme religieux comme la légitimation de la ‘confusion des langues’ survenue après la présomption de la tour de Babel, mais de respecter les différences entre les langues, les symboles, les rites, les doctrines et les dogmes ». Les auteurs identifient trois types de dialogue entre les religions: le dialogue de convenance (inopérant), le « dialogue de la réalité », indispensable au suivant, car analysant les valeurs morales et les concepts métaphysiques, et, fondamental, le « dialogue de principe » ou « dialogue au sommet », préconisé par les auteurs, comme saint Basile, à propos de l’Evangile selon saint Jean, s’exclamait: « N’oubliez pas: ‘Au commencement !’ « .

Dans le rude contexte actuel troublé par tant de violences et des guerres, le Pape et l’Imam insistent sur l’urgence de « la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune ». Les auteurs entendent apporter de « brèves réflexions critiques ». Par rapport à « une fraternité humaine » si urgente, ils précisent: « une fraternité pour la connaissance ». La fraternité authentique doit, en effet, se nourrir à la source divine. Le dialogue humain doit se ressourcer dans l’Etre de l’Eternel, de Dieu en sa Vérité, en « sa Volonté et sa Miséricorde extraordinaires ». L’essentiel est de l’ordre de la raison, de l’exercice de la pensée et de la contemplation. Dans « une collaboration plus profonde entre frères, plus on comprendra la réalité du langage supérieur de l’expression divine, plus le dialogue permettra de comprendre le Monologue de Dieu, et de rétablir la pureté de l’intellect dans la simplicité de la vie humaine et la complexité de l’histoire humaine ». En fin de document, les auteurs manifestent que les relations interreligieuses et le dialogue islamo-chrétien trouvent un modèle dans des acteurs comme les ordres contemplatifs: « les ordres monastiques chrétiens et les ordres soufis de l’islam, animateurs, en formes différentes, de la contemplation de Dieu ». Et de citer, « d’un côté, les franciscains, dominicains, ermites de St-Augustin et carmélites, et, de l’autre côté, la Qadiriyya, le Rifa’iyya, la Shurawardiyya, et, peu après, la Chishtiyya et la Shadhiliyya ». Des ordres religieux, au temps du Sultan et du Saint d’Assise, qui se sont épanouis et renouvelés. Et nous pensons aussi à l’exemple des moines de Tibhirine.
Autant d’exemples incitatifs pour développer aujourd’hui « une entente spirituelle véritable ». En ce sens, nous comprenons bien que les vingt-deux responsables musulmans assurent le Pape François et l’Imam Hamad Al-Tayyeb de leur disponibilité pour que la « fraternité humaine » se déploie en fraternité spirituelle pour que l’humanité réponde pleinement au « mystère de la Volonté divine ».

Ce précieux commentaire des vingt-deux musulmans s’ajoute ainsi avec bonheur à divers commentaires chrétiens, comme celui de Mgr Luc Vesco, évêque en Algérie à Oran (« L’hymne à l’amitié de deux hommes, le Pape et l’Imam », 30 p.), et celui du P. Henri de la Hougue, Institut catholique de Paris, « Regard historique sur le dialogue islamo-chrétien », 20 p.; ces deux commentaires figurant dans le livre « La Fraternité humaine… », éd. Salvator, 2019, 87 p.).

Sans doute, d’autres groupes (musulmans ou interreligieux,…) s’adjoindront-ils à ces vingt-deux responsables musulmans, ou divers réseaux de penseurs de l’islam auront-ils leurs propres initiatives.
La Déclaration d’Abou Dabhi offre encore bien des interprétations et prolongements pour avancer dans les diverses dimensions du dialogue.
                                                  Père Pierre Fournier
                                                  Service Dialogue interreligieux, Diocèse de Gap.

(1) « La Fraternité pour la connaissance et la coopération »: texte complet est donné, par exemple, par internet: Religions pour la Paix, Paris, ou dans la Lettre trimestrielle « En dialogue » du Service National pour les Relations avec les musulmans (SNRM) de la Conférence des Evêques de France, n°11, octobre-décembre 2019, p.38-51.
 

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