LA PAIX EST POSSIBLE

Assise, nous en sommes revenus, mon frère Grégoire et moi, portés, confortés et dynamisés pour continuer de chercher et bâtir la Paix. Ces trois jours de rencontres organisées dans la cité du Poverello par la communauté religieuse Sant’Egidio sur le thème « la Paix désarmée et désarmante » ont marqué par leur douce intensité.

384 représentants des religions – venus de 53 pays dont le Japon, le Cambodge, l’Indonésie, l’Allemagne, la France, l’Italie -, 5 000 pèlerins, hommes et femmes de toutes religions, de toutes cultures et de tous continents, sont venus célébrer le 40e anniversaire de la rencontre d’Assise lancée en 1986 par le Pape Jean Paul II. « La Paix attend ses artisans », avait-il déclaré il y a quarante ans. Durant trois jours, les artisans étaient là, croyants ou non croyants, mais tous frères et soeurs, venus se rencontrer, dialoguer et être ensemble pour prier dans la cité de Saint François. Durant trois jours, huit cents ans après la mort de Saint François, Assise a respiré au rythme du dialogue et de la prière de ces pèlerins de la Paix – « l’Esprit d’Assise ».

« La paix a disparu de l’horizon de la vie internationale en tant que référence idéale et politique », avertit Andrea Riccardi, fondateur de Sant’Egidio. « Les esprits chagrins diront que toutes les prières n’y feront rien. Que les êtres humains ne changent pas », lance de son côté le cardinal Jean-Marc Aveline, membre du Dicastère pour le dialogue interreligieux. S’engager pour la Paix n’exclut pas la lucidité.

Lucides, les femmes et les hommes de paix réunis à Assise sont pour autant très engagés dans le dialogue interreligieux pour la Paix. Durant ces trois jours – entre la séance inaugurale et les 24 forums-conférences -, les rencontres de dialogue entre des chefs religieux, des personnalités de la culture, de la politique et de la pensée humaniste se sont succédé. « Comment la prière protège le monde », « Prière, dialogue et paix : l’héritage d’Assise », « l’humanité à l’âge de la technologie », « Asie : les religions à la recherche de la Paix dans un monde en guerre ». Sur les estrades, dialogue paisible entre les représentants des religions ; dans l’assemblée, écoute profonde et interrogations fondamentales partagées avec les intervenants. « Comment transmettre “l’esprit d’Assise” aux jeunes générations ? », la question est sur toutes les lèvres. On ressort personnellement enrichi de ces temps d’approfondissement, comme rassuré et apaisé de constater la recherche de dialogue et de paix à l’œuvre dans ces rencontres interreligieuses. Les religions sont en effet une « force faible », celle de l’Evangile, a-t-il été affirmé à plusieurs reprises.

On ne connaît pas ses voisins – 5 000 participants ! – mais les visages sont ouverts, rayonnants et accueillants. Unité dans la diversité. A Assise, les différences religieuses ne disparaissent pas. Elles n’empêchent ni le dialogue, ni la fraternité.  

Le soir, la nuit tombe tôt sur Assise. Dans les ruelles de la cité médiévale, on croise des pèlerins de la paix dans les tavernes et les échoppes. La paix a pris ses quartiers à Assise. 

Le 27 octobre, jour anniversaire de la Rencontre d’Assise, la ville ombrienne nichée à flanc de colline est baignée d’une douce lumière automnale. Sous le ciel bleu, les cyprès et oliviers arborent leurs plus beaux feuillages. Assise s’apprête à accueillir la cérémonie interreligieuse, point d’orgue de cette Rencontre. Les deux premiers jours nous ont préparés à ce temps de prière. Dans un premier temps, chaque communauté religieuse se réunit pour prier, dans et autour de la basilique inférieure Saint François. Le recueillement est profond dans la basilique inférieure réservée aux Chrétiens et sur la vaste pelouse-esplanade qui jouxte la basilique supérieure, qui accueille aussi une foule de pèlerins chrétiens.

Dans sa méditation, le cardinal Matteo Zuppi, président de la conférence épiscopale italienne,  rappelle que « la paix est possible ; il en va de la dignité humaine d’apprendre à vivre sans haïr et sans tuer. Et cela exige de payer le prix de la paix, le seul qui, contrairement au prix exorbitant et colossal des armes, donne la vie et non la mort. Il faut le courage et l’intelligence de la paix, fruit de l’amour pour Dieu et pour notre histoire humaine, à la fois dramatique et fascinante ». Après avoir prié pour la Paix, les participants se donnent la Paix du Christ.

Sur le parvis de la basilique, les représentants des différentes religions, hindous, bouddhistes, juifs, chrétiens, musulmans et sikhs écoutent l’intervention du Pape, retenu à Rome pour raison de santé : « il n’y a pas de guerre sainte. Seule la Paix est sainte ». Puis l’appel de la Paix lu par une jeune de la communauté Sant’Egidio :

« Assez de guerres ! Assez de la culture de la guerre, choisissons la créativité du dialogue et l’audace de la paix ».

Dans un même élan de fraternité, tous les participants brandissent des pancartes portant le mot « Paix » dans toutes les langues. Dans ce moment, chacun se sent investi de la responsabilité de contribuer à la Paix en vivant l’esprit d’Assise au quotidien. L’émotion est grande.

Bientôt, le soleil se couche sur Assise. Le ciel rougeoie magnifiquement au-dessus de la basilique et de la plaine italienne. Atmosphère de Paix. Les artisans de Paix, désarmés et portés par ces trois jours profonds et éclairants ont du mal à se séparer. Se dessine une lueur d’espérance qui a la Paix pour horizon.

Raïssa Charmois

Secrétaire générale du Collectif Interreligieux Multilatéral pour la Paix (CIMP)

Affilié à Religions pour la Paix – France

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