
Mardi 3 novembre (pour le calendrier Julien) – Fête orthodoxe de saint Hilarion le Grand, moine et ermite, Père du Désert du IVe siècle, Père des moines de Gaza, figure majeure du monachisme en Palestine. (Icone issue du manuscrit byzantin du Ménologion de Basile II – Crédits photos: CIMP)
Tropaire : « Par tes larmes abondantes, tu as rendu fertile le désert aride ; par les profonds soupirs de ton âme, tes labeurs ont porté du fruit au centuple.
Par l’éclat de tes miracles, tu es devenu une lumière pour le monde entier.
Ô notre vénérable Père Hilarion, intercède auprès du Christ notre Dieu pour le salut de nos âmes. »
Saint Hilarion naquit vers 291 dans la région de Gaza, en Palestine, au sein d’une famille aisée. Envoyé à Alexandrie pour ses études, il y découvrit le christianisme et reçut le baptême vers l’âge de quinze ans. Attiré par la vie monastique, il partit rencontrer saint Antoine le Grand, auprès duquel il demeura trois mois. À son école, il découvrit la prière, le jeûne, la solitude et le combat spirituel.
Après la mort de ses parents, il distribua son héritage et choisit de consacrer entièrement sa vie à Dieu. Il se retira dans le désert de Maïouma, près de Gaza, où il vécut d’abord dans une simple cabane de roseaux et de branches. Dormant sur la terre nue, vêtu pauvrement, il s’imposait des jeûnes particulièrement rigoureux.
Dans cette solitude, il consacrait ses journées à la prière, au travail et à la méditation des Écritures. Comme son maître saint Antoine, il affronta de nombreuses tentations, auxquelles il opposa la prière et la persévérance. Peu à peu, sa réputation de sainteté attira des foules venues chercher auprès de lui consolation et guérison.
Saint Jérôme, qui rédigea sa vie, rapporte de nombreux miracles et délivrances attribués à son intercession.
Des disciples se rassemblèrent autour de lui, désireux de suivre son exemple de pauvreté et de consécration à Dieu. Il contribua ainsi à l’essor des premières communautés monastiques de Palestine, devenant le père des moines de Gaza.
Pourtant, malgré sa renommée, Hilarion demeura profondément attaché à l’humilité et au silence. Fuyant les honneurs et les foules qui le poursuivaient, il quitta la Palestine pour retrouver la solitude.
Il séjourna successivement en Égypte, en Sicile et en Dalmatie, avant de gagner l’île de Chypre. C’est là qu’il passa ses dernières années, dans la prière et le dépouillement, avant de mourir vers 371-372. À l’approche de sa mort, il encouragea son âme par ces paroles rapportées par saint Jérôme :
« Pourquoi tarder encore ? Il y a bientôt soixante ans que tu sers le Christ, peux-tu craindre la mort ? »
La vie de saint Hilarion nous rappelle que le véritable désert n’est pas seulement un lieu de solitude, mais un espace intérieur où l’homme apprend à rencontrer Dieu dans le silence de son cœur. À la suite de saint Antoine le Grand, il nous enseigne que la sainteté ne consiste pas à être épargné des tentations et des épreuves, mais à leur opposer la persévérance, la prière et la confiance dans le Christ. Lui qui fuyait les honneurs et la reconnaissance des hommes nous invite à retrouver l’essentiel, dans l’humilité et le dépouillement. Sa vie nous rappelle également que la solitude authentiquement vécue en Dieu n’éloigne pas de nos frères, mais ouvre le cœur à leur souffrance et à leur accueil.
Le monastère de Saint-Hilarion / Tell Umm Amer, situé dans la bande de Gaza, conserve la mémoire des origines du monachisme palestinien. Le 26 juillet 2024, l’UNESCO a inscrit ce site au patrimoine mondial de l’humanité.
En ces temps où la terre de Gaza, qui vit naître saint Hilarion, demeure meurtrie par la violence, son témoignage prend une résonance particulière : il nous invite à faire de nos cœurs des lieux de prière, de compassion et de paix, convaincus que, sans la pacification intérieure, résultat du combat contre les tendances mauvaises de l’homme, le déracinement des passions négatives, la résistance aux tentations d’égoïsme et d’orgueil, il n’y a pas de paix extérieure possible.
Sources : Saint Jérôme, Vie de saint Hilarion

Dimanche 8 novembre 2026 / 21 novembre en calendrier Julien – Fête orthodoxe de l’archange saint Michel et de toutes les puissances célestes (Fresque du Père Grégoire Kroug – Crédits photos: CIMP)
Tropaire: » Chef suprême des armées célestes, / malgré notre indignité nous te prions, / nous qui sommes tes indignes serviteurs, / de nous protéger par tes prières / et de nous garder sous l’abri des ailes de ta gloire immatérielle, / nous qui nous prosternons en te suppliant avec ferveur : / Délivre-nous de tout péril, / ô chef des Puissances d’en haut ! .«
» Il est un passage dans le livre de l’Apocalypse où saint Jean, le voyant des mystères, nous dit que, lorsque viendra le temps où nous serons tous dans le Royaume de Dieu, chacun recevra un nom mystérieux par lequel seul Dieu, qui le lui donne, connaît et reconnaît celui qui le reçoit. Ce nom contient, pour ainsi dire, tout le mystère de la personne ; il dit tout d’elle. Nul ne peut connaître ce nom, sinon Dieu et celui qui le reçoit, car il exprime la relation unique et irremplaçable qui existe entre Dieu et sa créature, chacune étant pour Lui un être unique, un être qui n’a pas son pareil.
Nous portons les noms de saints qui ont accompli leur vocation sur la terre. Nous leur avons été consacrés, de même que les églises sont dédiées à tel ou tel saint. Aussi devons-nous méditer à la fois sur la signification de leur nom et sur leur personnalité, dans la mesure où leur vie nous permet de la connaître. Car le saint dont nous portons le nom n’est pas seulement notre intercesseur dans la prière et notre protecteur : il est aussi, d’une certaine manière, l’image de ce que nous pourrions devenir. Aucune vie ne peut être reproduite à l’identique, mais nous pouvons apprendre de la vie de telle ou telle personne, sainte ou même pécheresse, comment vivre d’une manière plus digne de nous-mêmes et de Dieu.
Ainsi, aujourd’hui, nous célébrons et honorons la mémoire de l’archange Michel et de tous les anges du Seigneur. Les anges sont des messagers. Un ange est un être que le Seigneur peut envoyer accomplir une mission et qui l’accomplira pleinement et parfaitement. Il peut sembler étrange que tout un ordre de créatures du Seigneur soit désigné par des noms qui expriment leur fonction et leur service, comme s’il n’y avait rien d’autre en eux. Et pourtant, il en est bien ainsi, et c’est précisément en cela que réside leur sainteté : ils sont purifiés et resplendissent de la lumière divine.

Fresque St Archange Michel, P Grégoire Kroug. CIMP pour RfP.
Selon les paroles de saint Grégoire Palamas et de nos livres liturgiques, ils sont des lumières secondes, des reflets de l’éternelle lumière divine. Il n’y a pas en eux cette part d’opacité, cette obscurité qui fait que nous pouvons être appelés par un nom, un nom qui définit notre place devant la face de Dieu et notre place dans la création du Seigneur.
Ils sont des lumières secondes. Que signifie cela ? Cela signifie qu’une certaine lumière divine se répand à travers eux comme un fleuve qui coule librement, largement et sans obstacle. Mais elle ne les traverse pas comme elle traverserait un canal vide ou une vitre sans vie. Elle est semblable à une lumière qui se déverse, scintille, resplendit et se multiplie lorsqu’elle tombe sur une pierre précieuse, pénètre jusqu’en son cœur et, de là, jaillit en réponse dans toutes les directions, illuminant tout autour d’elle, éblouissant même par sa beauté.
Telle est l’image de la sainteté authentique.
Et, en ce sens, ils sont véritablement des anges, car nous ne les connaissons et ne faisons l’expérience de leur présence qu’à travers le rayonnement de la lumière divine : une lumière qui n’est ni diminuée ni obscurcie, mais qui se multiplie, apporte la joie et donne la vie. Cependant, le mystère profond de leur existence et de leur sainteté demeure entre eux et Dieu, Lui qui connaît les profondeurs de ses créatures…
Mais leur sainteté personnelle nous est révélée tout particulièrement par les noms propres qui leur sont donnés. Certains de ces noms sont entrés dans les Saintes Écritures, où ils ont été révélés à l’Église à travers l’expérience spirituelle, et ils nous montrent ce qui constitue la sainteté particulière de chacun de ces anges.
Le chef des armées célestes, auquel beaucoup d’entre nous sont consacrés, porte le nom de Michel. « Michel » vient d’un mot hébreu qui signifie : « Nul n’est comme Dieu. »
Ces paroles expriment toute l’attitude du grand Archange lorsque Lucifer se révolta contre Dieu, désireux d’affirmer son individualité et son indépendance, bien qu’il fût lui-même un être créé. C’est alors que le grand archange Michel prononça cette unique parole, qui, pour lui, disait tout : « Nul n’est comme Dieu. »
Par cette parole, il affirma sa relation avec Dieu, et c’est ainsi qu’il devint le gardien des portes du paradis.
« Nul n’est comme Dieu » : ces mots expriment toute la connaissance que le grand Archange possède de Dieu. Il ne Le décrit pas, il ne L’explique pas : il se tient debout et témoigne. C’est en cela qu’il participe au rayonnement de la Divinité, et c’est ainsi qu’il manifeste cette lumière et nous ouvre le chemin vers le mystère du Seigneur, par sa parole et par ces noms qui expriment toute son expérience insondable du Dieu insondable.
Sur les icônes, l’archange Michel est représenté revêtu d’une armure, tenant à la main une épée flamboyante. Il foule aux pieds le dragon, symbole du mal. L’Archange se tient aux portes du paradis, empêchant ceux qui ne sont pas prêts d’entrer dans ce lieu saint et sacré.
Il est également représenté sur les portes de l’iconostase par lesquelles les membres du clergé pénètrent dans le sanctuaire : le prêtre portant l’Évangéliaire, lors de la Grande Entrée, ou le diacre pendant les litanies.Ce sont les portes par lesquelles nul ne pénètre dans le Saint des Saints, le sanctuaire, sinon pour les besoins du service liturgique. (….)
Telles sont les images, les pensées et les contemplations que nous inspirent notre vénération des anges, notre amour pour eux, notre communion avec eux dans la prière et leur intercession en notre faveur. Tout cela peut nous aider à trouver le chemin que nos âmes doivent parcourir de la terre au ciel, de notre propre obscurité à la parfaite illumination.
Par les prières des anges et des archanges, que le Seigneur nous accorde, après avoir renoncé à nous-mêmes et à notre volonté propre, de commencer à diminuer, afin que Dieu puisse resplendir pleinement en chacun de nous. »
[Homélie du Métropolite ANTOINE Bloom In the name of the Father, and the Son, and the Holy Spirit. Sermons (Christian Life: 2010) ]
