
1) 6 août / 19 août en calendrier Julien – Fête orthodoxe de la Transfiguration (Fresque du Père Grégoire Kroug)
Tropaire : « Tu t’es transfiguré sur la montagne, ô Christ Dieu, montrant à tes disciples ta gloire autant qu’ils pouvaient le supporter ; fais luire aussi sur nous, pécheurs, ta lumière éternelle, par les prières de la Mère de Dieu, Donateur de lumière, gloire à toi.«
« Le Mystère de la Transfiguration est intimement lié a la notion de sainteté. Dieu seul est Saint, personne n’est saint que Dieu. La sainteté réside dans la participation de l’être humain à Dieu, et c’est dans la mesure ou l’être humain participe a Dieu qu’il est saint, de la sainteté de Dieu. Mais en quoi consiste cette participation ? Comme dit l’apôtre saint Pierre dans son Epître : « Devenez participants de la nature divine. » La sainteté, c’est cela, c’est la participation a la nature divine. Nous touchons là au mystère central de la foi chrétienne, telle qu’elle est vue dans l’Eglise Orthodoxe. Il s’agit de la distinction, dans la nature divine, entre l’essence de Dieu et Ses énergies. Dieu est par essence absolument inconnaissable, indescriptible, imparticipable, incompréhensible, etc. Si l’on veut parler de Dieu en ce qui concerne Son essence, tout ce que l’on peut dire, c’est que l’on ne peut rien en dire. Mais Dieu Lui-même, par Son amour, se projette hors de Son essence pour Se rendre connaissable, participable, compréhensible, etc. Ce mouvement dynamique de l’essence de Dieu se propage hors de Dieu, si l’on peut dire, par Ses énergies, lesquelles sont, pour le formuler d’une façon simple, tout ce que l’on peut dire de Lui, ses attributs. Pouvoir dire quelque chose de Dieu, c’est citer l’une de Ses énergies, et c’est par celles-ci que nous pouvons participer a la nature divine, en acquérant ces énergies appelées « vertus divines », par le combat contre les esprits du mal qui cherchent à nous détourner de Dieu. C’est par l’acquisition de ces vertus que l’on acquiert la ressemblance à Dieu, et en acquérant cette ressemblance que l’on participe à sa nature. Voila ce qu’est la sainteté.
La, je ferai une parenthèse au sujet d’un très grand Saint de l’Eglise Orthodoxe qui a été canonise au début de ce siècle, en 1903, saint Séraphim de Sarov, un saint russe qui a eu un très grand rayonnement. Saint Séraphim de Sarov disait que le but de la vie chrétienne est l’acquisition des dons du Saint Esprit. Pourquoi citer cette parole ? Parce que là, la raison humaine est crucifiée et elle ne peut se raccrocher a une logique de la phrase. Effectivement, les énergies divines se rendent participables à l’homme, et à ce titre elles sont véritablement un don du Saint Esprit. Mais aussi, a cause du principe de la synergie (c’est-a-dire de la collaboration de l’homme et de Dieu, laquelle fait qu’il n’y a que Dieu Qui peut sauver l’homme, mais qu’ll ne le sauve jamais malgré lui ni sans sa participation), à cause de cette synergie, c’est une acquisition, et il s’agit donc, comme le dit saint Seraphim, de « l’acquisition des dons du Saint Esprit ». L’on pourrait dire que si ce sont des dons, ce n’est pas une acquisition et inversement. Il n’y a aucune vertu qui ne soit pas un attribut de Dieu, mais il n’y a aucune vertu qui ne soit pas accessible à l’homme, toutes les vertus pouvant être acquises et accumulées. Dans la mesure ou il tend a les acquérir, où il les désire et où il s’y efforce, l’homme est pénétré par les énergies divines qui sont Dieu Lui-même. La grâce divine n’est pas quelque chose d’extérieur à l’homme. » (Extrait de Archimandrite Barsanuphe « Icônes et fresques du Père Grégoire » Ed. Monastère Znaménié, 1999

2) 15 août/28 août en calendrier Julien) – Fête orthodoxe de la Dormition de la Mère de Dieu (Icône jointe peinte par Père Grégoire Kroug)
Tropaire: « Dans l’enfantement, Tu as gardé la virginité; dans Ta dormition, Tu n’as pas abandonné le monde, ô Mère de Dieu. Tu as été transférée à la Vie, étant Mère de la Vie, et par Tes prières, Tu délivres nos âmes de la mort. »
« Aujourd’hui, nous célébrons la fête de la Dormition, le repos de la Très Sainte Vierge, Mère de Dieu. Comment pouvons-nous célébrer la Dormition ? Comme un jour de mort ? Oui, mais seulement si nous nous souvenons de deux choses. Tout d’abord, pour nous qui demeurons sur la terre, la mort est une séparation amère et douloureuse d’avec ceux que nous aimons. Mais pour celui qui meurt, la mort, la dormition — l’endormissement — est une rencontre triomphante et magnifique de l’âme vivante avec le Dieu vivant.
Tout au long de notre existence, nous nous hâtons vers cette plénitude de vie que le Seigneur nous a promise. Que nous le sachions ou non, nous ne pouvons trouver cette plénitude qu’en Dieu. Ceux qui le savent — les saints, ceux qui croient véritablement, ceux qui hésitent encore — comme ceux qui l’ignorent, et même ceux qui l’ont nié toute leur vie, tous, au jour où leur âme quittera leur corps, paraîtront devant le Dieu vivant, qui est vie, joie et beauté.
Et, comme l’écrivait le père Alexandre Eltchaninov, il n’est aucune âme qui, ayant contemplé la beauté divine enveloppée de l’amour divin et de la lumière de la vie éternelle, ne se prosterne à ses pieds et ne dise : « Seigneur ! C’est Toi seul que j’ai cherché tout au long de ma vie… »
Sur tous les chemins, ceux de la justice comme ceux de l’injustice, l’être humain recherche cette plénitude, cette beauté indicible, ce sens, cet amour qui triomphe de tout, purifie tout et transforme tout.
C’est pourquoi, lorsque nous sommes nous-mêmes confrontés à la mort d’un être cher, aussi profond que puisse être notre chagrin, aussi déchirée que puisse être notre âme, nous devons apprendre à faire le signe de la croix, à nous placer sous la Croix du Seigneur et devant elle, et à dire :
« Oui, Seigneur ! Je suis frappé par ce qui est peut-être le plus grand malheur qui pouvait m’arriver, mais je me réjouis de ce que l’âme vivante d’une personne que j’aime a été jugée digne, aujourd’hui, de se tenir devant ta gloire et de participer à la plénitude de la vie dans la gloire transfigurée… »
Ce n’est pas en vain que nous parlons de la dormition comme du sommeil temporaire de notre chair jusqu’au jour de sa résurrection, ainsi que l’apôtre Paul nous le rappelle à maintes reprises.
Ainsi, en célébrant la Dormition de la Mère de Dieu, nous ne croyons pas seulement qu’elle ressuscitera au dernier jour, comme nous ressusciterons tous. Nous savons aussi avec certitude, par la tradition apostolique et par l’expérience de l’Église — non seulement celle des saints, mais aussi celle des pécheurs que la Mère de Dieu a recherchés avec amour, miséricorde et compassion — qu’elle est déjà ressuscitée dans son corps et qu’elle est entrée dans cette vie qui nous sera révélée à la fin des temps.
Nous pouvons donc célébrer aujourd’hui, dans une joie parfaite, la Dormition de la Mère de Dieu : le jour où les chaînes du corps sont tombées, où elle a été libérée des liens de l’existence créée, où elle a quitté les limites étroites de ce monde déchu et où, dans toute sa gloire, dans toute son indicible beauté et dans toute sa pureté, elle s’est tenue devant la face de son Fils et de son Dieu, devant la face de Dieu le Père.
Notre joie peut être parfaite, sans larmes et sans tristesse, car il s’agit du triomphe de la vie.
Mais c’est également le témoignage que la résurrection n’est ni un mot vide de sens ni une allégorie, mais que nous tous, comme Dieu l’a promis, nous ressusciterons et entrerons dans la plénitude de notre humanité : dans notre âme et dans notre esprit, dans notre chair et dans l’éternité, dans la joie éternelle de notre Seigneur.
Réjouissons-nous donc et soyons dans l’allégresse en ce jour ! » (Homélie de Monseigneur Antoine Bloom)

