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Publié le Jan 12, 2023 - 09:57 AM
Dialogue interreligieuxMichel Cardon, virtuose du dialogue interreligieux.

Michel Cardon nous a quitté début janvier. Le moment des derniers adieux est fixé au mardi 17 janvier 2023 (10H00, église Saint Thibaut-de-Marly, 78230 Le Pecq).


Michel a généreusement offert ses talents à la CMRP, à toutes les échelles. Il a longtemps été membre de son conseil d’administration au niveau national. Il a contribué, à cette époque, à l’ouvrir plus largement à la diversité intra-religieuse et générationnelle. L’état des lieux qu’il avait produit ainsi que les scénarios qu’il proposait pour l’avenir de l’association ont été fort utiles et restent d’une grande actualité, bien au-delà de la CMRP. On y trouve à l’œuvre sa grande créativité et son exigence. Cet ancien ingénieur IBM, habitué de la prospective, qui avait été mis à disposition de l’État pour réfléchir au bicentenaire de la Révolution, cherchait comment tirer le meilleur de ce dialogue interreligieux à géométrie variable. Il le faisait avec les espérances d’un virtuose ; il fut violoniste dans sa jeunesse. En effet, la promesse d’un dialogue interreligieux sincère, exige courage, souplesse, et une très grande attention pour discerner l’essentiel, « où pousser » comme il disait. Il n’aimait pas le dialogue interreligieux de façade, fade et « cédant à la facilité ». Virtuose oui, et aussi baroudeur, pour qui s’arrêter aurait été le début d’une trahison de confort. Il est vrai que la boussole oscille : les buts de cet exercice paradoxal sont divers et les moyens pour y arriver également. Il est plus facile de militer dans un club de pétanque où les règles sont écrites depuis longtemps, ou à une association ne défendant qu’une seule cause comme une avocate, d’adhérer à sa seule religion, ou encore à un parti. A ce propos, quand il s’est engagé en politique dans sa ville, il l’a fait sans étiquette. Si la mobilisation autour d’un défi commun est fréquente dans les collaborations interreligieuses, Michel aimait à rappeler : « Qu’est-ce que nous pouvons faire, en propre, et que les autres associations ne prennent pas en charge ? »

Il a représenté pendant plusieurs années la France au niveau européen de la CMRP. L’une de ses fiertés est d’avoir contribué à la création d’un Conseil européen des leaders religieux. En effet Religions for Peace développait une approche multi-échelle (du local à l’international) et hybridant les composantes : responsables religieux à plusieurs niveaux d’autorité, croyants aux compétences variées et associations. Nous avions ensemble préparé des manifestations de grande ampleur, comme les Rencontres de Graz lorsque cette ville était capitale culturelle européenne ou avec la Cellule de prospective de la Commission européenne sur Religions et économie.
Il a également contribué à la création d’un groupe local : GIP-78 (Groupe interreligieux pour la Paix, Yvelines), à l’image d’autres GIP locaux.

Élégant, au sens propre et figuré, Michel vivait le dialogue interreligieux comme une quête personnelle et spirituelle. Je l’ai rencontré la première fois à une réunion de prière interreligieuse en 1991. C’était un chercheur, qui aimait contribuer au débat public. Il a longtemps animé les débats du Temple de l’Étoile. Il avait du talent, mettait à l’aise ses invités, attendait qu’on y découvre quelque chose qui pourrait un peu nous transformer.
Un souvenir parmi d’autres était cette rencontre régionale au Carmel de la Paix à Mazille en Bourgogne. Les religieuses, hôtesses magnifiques, nous avaient cédés exceptionnellement la place dans leur réfectoire, pour le repas de midi. Il était s’était substitué au rôle d’hôte. Cela fleurait bon l’atmosphère d’un Festin de Babette, certes plus simple dans la cuisine, mais dont la table était ouverte. Une vraie table ronde, avant celle des conférences.
Hôte il l’a été souvent. Il invitait à Marly-le-Roi à sa table et celle de Thérèse son épouse, les gens les plus divers. Sa curiosité provoquait des discussions dégageant les saveurs les plus personnelles. L’intérêt de pouvoir se parler en vérité et hors des dialogues convenus faisait que le temps y passait toujours trop vite.

Sa quête de la vérité et de la sagesse l’ont emmené aux cafés philo qu’il a longtemps animés dans un café de son village le samedi matin. Il cherchait là aussi d’innover dans la façon de les animer. Avec mon épouse Isabelle, harpiste, nous avons eu le plaisir de vivre le dernier Philocontes, musiques à dire et à penser, avec sa grande famille et ses amis, à l’occasion de ses 80 ans en 2014.

Michel avait beaucoup de couleurs sur sa palette, qu’il mélangeait avec courage. Il est vrai qu’il aimait peindre, pas tant pour exposer que pour explorer, voire s’explorer. Il a chanté également pendant des années à la chorale franco-allemande. Il a même exploré la danse : (cliquer).
En effet, il a dansé pour affronter, vivre avec et même apprivoiser la maladie de Parkinson qui a fait effraction dans cette dernière tranche de vie. Ses journées commençaient par des exercices avec Thérèse un peu comme les sages chinois qui commencent leurs journées ainsi.

Nous avons évoqué souvent cette question de l’énigme de la mort. Il l’a d’ailleurs abordée plusieurs fois à son café philo avec les points de vue les plus opposés. Il me disait vouloir ne pas louper ce rendez-vous exceptionnel. La maladie venait compliquer les choses. Il m’a parlé du choix entre deux courages : celui de décider de partir plus tôt et celui d’arpenter le chemin de ce sentier rétréci de l’existence, au bord de l’abîme, de la douleur, et des angoisses qu’elles suscitent. Il a vaillamment et souplement passé l’épreuve et ses inconnues. Il est parti serein en disant souvent merci.

Sur la vieillesse il m’avait demandé un jour en souriant avec ses yeux gris-bleus : « Je connais beaucoup de personnes âgées qui regardent derrière elles en se plaignant de tout ce qu’elles ne peuvent pas faire. Si tu connais des personnes âgées qui regardent devant elles et qui sont contentes de vivre cette période, fais-moi signe ».

Michel, tu nous précèdes !


Bernard Reber

 
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