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Publié le Déc 23, 2004 - 06:13 PM
Dialogue interreligieux
Dans le cadre de la Semaine de Rencontres du GAIC ( Groupe d’Amitié Islamo-Chrétienne),
Le Groupe Interreligieux pour la Paix-78 ( GIP-78) a organisé un débat à Marly le Roi, le Mardi 30 novembre 2004


MARIE dans le CORAN

Par le Père Pierre Hoffmann
: président du GIP-78, bibliste et Vicaire Episcopal à Versailles


En guise de préambule : quelques réflexions sur le dialogue entre croyants.
On peut distinguer :
- le dialogue de la vie : les circonstances de la vie quotidienne (voisinage, travail, éducation des enfants etc…),
- le dialogue des œuvres : des croyants de différentes religions s'accordent et s'organisent pour être ensemble au service de causes caritatives ou autres,
- les échanges théologiques : qui supposent deux attitudes complémentaires
- s'expliquer sur ce qui fonde la foi des uns et des autres,
sans chercher à convaincre,
- accueillir la pensée de l'autre pour mieux la comprendre
et mieux cerner les différences qui demeurent,
- les échanges d'expériences spirituelles : elles se situent au-delà des différences de compréhension théologique du point précédent.

Le troisième point est le plus délicat à mettre en œuvre. Pourtant, nous nous y essayons ce soir autour de la personne de Marie, mère de Jésus.


Entre l'histoire de Marie et l'apparition du Coran :

Marie a vécu au début du 1er siècle de notre ère ; le Coran est apparu au 7° siècle, à l'ouest de la péninsule arabique, du côté de la Mer Rouge.
Pendant ces 6 siècles, l'histoire de Marie, ou plutôt ce que les croyants en ont dit, a été racontée de différentes manières.
On peut distinguer :
- les écrits "officiels" (appelés "canoniques"), rédigés par la première génération de chrétiens et reconnus comme référence par l'ensemble des chrétiens, appelés communément "le Nouveau Testament",
- et des développements qui résultent de réflexions "officielles",
- soit des discussions et décisions communes, comme dans des "conciles",
- soit dans les actions liturgiques, les fêtes, les icônes,
ou de réflexions populaires développant des récits dans lesquelles se mêlent des éléments historiques transmis oralement, des histoires comme des paraboles qui, sans être historiques, donnent du sens, d'autres histoires avec beaucoup (trop?) de merveilleux… La mise par écrit de tout cela forme "les écrits apocryphes chrétiens" (cf bibliothèque de la Pléiade chez Gallimard, qui en donne une grande part).

Reprenons chacun de ces points :

1° Marie dans les écrits du Nouveau Testament :

Il y a quatre évangiles "canoniques" : le christianisme considère que la Parole de Dieu n'est pas donnée "immédiatement", mais à travers l'histoire humaine et des témoignages humains (il en est déjà ainsi dans le judaïsme) :
- évangile de Marc : une seule référence (Marc 6,3) "(Jésus) n'est-il pas le fils de Marie?" s'étonnent les habitants de Nazareth ;
- évangile de Matthieu : on retrouve la même scène que ci-dessus (Matthieu 13,55) mais Matthieu ajoute une partie de l'enfance de Jésus (chapitres 1 et 2). Il présente Joseph comme "époux" de Marie et raconte aussi la visite des Mages. Marie est ainsi nommée 3 fois, et évoquée 3 autres fois ;
- évangile de Luc : une tradition veut que Luc ait peint une icône de Marie… Par là, on signifie que Luc est celui qui "dépeint" le mieux la personne de Marie. De fait, il la nomme 11 fois, essentiellement dans les chapitres 1 et 2, sur l'enfance de Jésus. Il faudrait ajouter ce que le même Luc écrit dans son second ouvrage "les Actes des Apôtres" (1,14), Marie participe alors à la naissance de l'Église ;
- évangile de Jean : le nom de la mère de Jésus n'est pas cité (même si d'autres "Marie" sont nommées). Mais elle est présente dans deux grandes scènes d'"alliance" : l'une au début de cet évangile (le mariage à Cana) et l'autre vers la fin (la mort de Jésus sur la croix, non admise par le Coran). Dans ces deux scènes, elle est appelée "Mère de Jésus" et "Femme", peut-être en référence avec Ève (appelée "femme" par Adam en Genèse 2,23 et "mère des vivants" en Genèse 3,20) ?

D'autres écrits du nouveau Testament évoquent Marie mais sans la nommer : Paul qui rappelle que Jésus "est né d'une femme" (lettre aux Galates 4,4) et peut-être l'Apocalypse (chapitre 12).
On constate que le nom "Marie" est moins cité dans le Nouveau Testament (18 fois) que dans le Coran (34 fois) ; par contre, bien d'autres textes des premiers siècles parlent de Marie avec de nombreux développements.

2° Les développements de la pensée chrétienne sur Marie jusqu'au 7° siècle :

a) pensées exprimant la foi commune des chrétiens
- à travers les Conciles de Nicée 325, on y affirme clairement la "virginité" de Marie,
et d'Ephèse 431 où Marie est appelée Theotokos ("Mère de Dieu") non pour parler d'elle, mais pour affirmer, par là, que Jésus participe et de l'humanité et de la divinité ;
- dans le culte : par des fêtes et par des icônes, peintures priantes, théologiques et liturgiques exprimant la sainteté de Marie que le croyant est invité à suivre.
(la querelle qui divise le monde chrétien entre "iconoclastes" refusant toute représentation dans le culte, et "iconodules" acceptant la représentation selon certains critères bien précis, ne sera résolue officiellement qu'en 787 au second concile de Nicée, bien après la naissance de l'Islam).

b) pensées qui, tout en étant dans la mouvance de la foi commune, sont laissées à la piété populaire. Ces traditions orales, mises par écrit, constituent les "écrits apocryphes".

Ce que le Coran dit de Marie est témoin de toutes ces traditions officielles ou populaires.

3° Marie, un trait d'union entre musulmans et chrétiens ?

Les principales sourates qui évoquent Marie sont :
- "La famille d'Imran" : Sourate 3, 33 à 59
- "Marie" : Sourate 19, 16 à 34
- "La table pourvue" d'Issa (=Jésus) : Sourate 5, 110 à 116
- dans ces sourates et en d'autres, on peut lire une douzaine de fois l'expression "Jésus – ou le Messie – fils de Marie".
Le Coran ne donne pas un récit suivi, mais plutôt une succession d'affirmations.
(les textes coraniques sont cités d'après la traduction de Jacques Berque, chez Albin Michel)

Ainsi, le Coran affirme la maternité virginale de Marie :

- l'étonnement de Marie :
- 3,47 "comment enfanterais-je sans qu'un homme ne m'ait touchée?"
- 19,20 "comment aurais-je un garçon quand nul époux ne m'a touchée?"
- c'est l'œuvre du Souffle"
- 21,91 "celle qui préserva son sexe et en qui Nous insufflâmes de Notre Esprit"
- Marie n'a pas fauté comme le prétend la tradition juive
- 4,155-156 "ils ne sont pas croyants, ou si peu, pour avoir dénié, pour avoir proféré sur Marie une calomnie énorme" (cf le Talmud Sanhedrin 67a "Marie, la coiffeuse pour dames, infidèle à son mari", et d'autres textes du judaïsme),
- lire aussi 19, 27 à 35
- comme Adam, Jésus est né par une Parole de Dieu
- 3, 45 "Marie, Dieu te fait l'annonce d'une Parole de Lui venue. Son nom est le Messie Jésus fils de Marie"
- 3,59 "La semblance de Jésus au regard de Dieu est celle d'Adam, que Dieu créa de terre, puis il dit 'Sois', et il fut".

La maternité virginale est suggérée dans les évangiles canoniques,
- Matthieu 1,20 "ce qui a été engendré en elle vient de l'Esprit Saint"
- Matthieu 1,25 "Joseph ne l'a connue pas"
- Luc 1,34 "comment cela se fera-t-il puisque je ne connais pas d'homme"
- Matthieu 1,1 à 17 où il faut compter Marie, à la suite des hommes, pour atteindre le chiffre de 42 "engendrements".

Mais la maternité virginale est affirmée dans de nombreux textes des premiers siècles dans la profession de foi du concile de Nicée (325) : "est né de la Vierge Marie".
Elle est précisée dans les écrits apocryphes, par ex. l'Évangile arménien de l'enfance :
- 5,9 "la Parole de Dieu pénétra en elle par son oreille"

Les quatre évangiles sont discrets sur Marie : rien n'est dit de son enfance ou d'autres détails. Par contre, la piété populaire a beaucoup raconté : comment faire le partage entre les faits historiques et l'imagination populaire ?
Ces traditions populaires, d'abord orales, puis traversant les frontières des langues, sont sources des "écrits apocryphes" (Évangile de Marie, Livre de la Nativité de Marie, Histoire de la Vierge, Evangile arménien de l'Enfance, Vie de Jésus en arabe, Proto-évangile de Jacques, Évangile de l'Enfance du Pseudo-Mathhieu, Dormition de Marie etc…).

Dans le Coran, on retrouve quelques scènes de ces écrits, par exemple :

- l'enfance de Marie au Temple de Jérusalem (cf fête de la "Présentation de Marie" du 21 novembre) :
- 3, 36-37 "Je la place sous ta protection… chaque fois que Zacharie allait la voir dans le Saint des saints, il trouvait auprès d'elle une attribution"
- cf Protoévangile de Jacques 8,1 "Marie demeurait dans le Temple du Seigneur et recevait de la nourriture de la main d'un ange"
- ou encore le Pseudo-Matthieu 4, le Livre de la Nativité de Marie 5 à 7… des traces de ses écrits sont repérées dès le 4° siècle,

- le choix de Joseph :
- 3, 44 "Ils jetèrent leur calame pour savoir lequel prendrait soin de Marie"
- cf Protoévangile de Jacques 9,1 "Le prêtre ayant reçu d'eux les baguettes entra dans le Temple et pria",
- ou encore le Pseudo-Matthieu 18,2, le Livre de la Nativité de Marie 8,1…

- Marie se nourrissant des dattes d'un palmier :
- 19, 25 "Secoue vers toi ce fût de palmier pour en faire pleuvoir des dattes mures toutes cueillies, mange et bois" (cette scène est lors de l'accouchement)
- cf Pseudo-Matthieu 20,2 (une scène lors de la fuite en Égypte) : "Jésus dit au palmier : 'Incline-toi et restaure ma mère de tes fruits… fais jaillir de tes racines les sources cachées'"

Le Coran donne une place privilégiée à Marie:
- 3, 42 "Marie, Dieu t'a élue et t'a purifiée ; Il t'a élue sur les femmes des univers"
- cf Luc 1,28 et 42 "Marie, comblée de grâce… Tu es bénie entre toutes les femmes"…

Marie est une femme priante :
- 3, 43 "Marie, sois dévote envers ton Seigneur"
- 66, 12 "Elle fut dévote entre tous"
- cf le chant de Marie en Luc 1, 46-56 ou Actes des Apôtres 1,14.

Il faudrait ajouter des hadith, des traditions musulmanes etc… et la piété populaire actuelle de musulmans se rendant dans des lieux qui évoquent Marie comme la maison de Marie au dessus d'Éphèse en Turquie (pays où l'on trouve les racines chrétiennes de l'Europe : terre de tous les Conciles œ*****éniques, des théologiens cappadociens qui ont chanté Marie, des Sept Églises de l'Apocalypse, de la naissance du monachisme occidental avec Basile etc…). D'autres lieux sont situés en Syrie, au Liban, en Égypte, sans oublier Lourdes… et que dire de Fatima au Portugal ?

Marie peut être un trait d'union entre chrétiens et musulmans. Des points de divergence demeurent, mais pourquoi ne pas converger nos regards vers Marie, un exemple de foi et de piété pour tout croyant.

Pierre Hoffmann
le 30 novembre 2004
 
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