Publié le Fév 05, 2008 - 11:25 PM
Religions-LaïcitéLE SOLEIL DE DEMAIN
(Islam et laïcité au seuil des temps modernes, Edit. Domens, Pezenas, 2004)
par Foudil Benabadji. Préface de Jean Bertolino.

M. Benabadji, croyant en Dieu et à la modernité, a fait le dur apprentissage des réalités humaines, souvent sordides, comme travailleur social. Il est actuellement aumônier agréé de l'Administration Pénitentiaire en Savoie, et continue à puiser ses convictions, sa foi en l’homme, en se rendant là où il contribuera à faire réespérer les désespérés.

Il a étudié (p. 101 et 102) les bases de l’Islam, telles que nous les présentent les quatre rites sunnites, en insistant sur le côté chamaniste du Hanéfisme (jugement d’approbation person-nelle recommandé), du Malékisme (90 % de raison et 10 % de charia), du Chaféisme (rôle de persévérance), qui s’opposent au Hanbalisme qui a développé la charia la plus rigoriste, et que l’on voit aujourd’hui prôné dans des « discours pervers » et un « double langage » (p. 142) par les intégristes « qui rejoignent l’extrême droite dans la même détermination à marginaliser les jeunes musulmans de France » (p. 24).

L’auteur cite Mohamed Sifaoui : «J’ai fui l’intégrisme en Algérie, et je le retrouve en France » (p. 57). A l’opposé de cela, le courant libéral « Nahda », lancé en Egypte par Jamaleddine El Afghani, (p. 92) et Mustafa Abderrizaq qui a réhabilité le courant philosophique moutazilite (p. 93) est relayé par Malek Chebel (p. 97), et les Musulmans laïques, mouvement auquel l’auteur a adhéré avec Amo Ferhati, Karim Benkamla.
Ces derniers montrent bien « que la croissance de la démocratie dans le monde musulman viendra de l’impact de l’immigration au contact de toutes les dénominations de l’Europe ». D’ailleurs quatre députés européens (UMP, PS, Vert, PC) en sont issus (p. 145). Ainsi la laïcité adoptée par la France, « seul pays de l’Union Européenne à laquelle la Constitution fasse référence », (p. 41) n’est pas incompatible avec un enseignement du fait religieux en France (p. 119), dans la mesure, où comme le Pr Ali Merad le constate (p. 179), une exégèse moderne appliquée aux textes fondateurs permettrait de mieux distinguer ce qui est intangible en matière de foi, de culte, de morale, et qui comme le constatent les Salafiya (p. 102), se distingue de la vie sociale, elle-même amendable et de l’instrumentalisation politique.

M. Benabadji recommande donc au CFCM (Conseil Français du Culte Musulman) : « d’affronter les vrais sujets de notre siècle, une réadaptation de la charia, la prise en compte de la modernité, de la laïcité, de découvrir les synthèses actives avec l’Occident et de faire face aux mouvements meurtriers de l’islamisme radical. Commencer dès aujourdhui la formation qualifiante des Imams qui «s'auto-proclament» en France et en Europe et celle des aumôniers pour les armées, les hôpitaux, sans oublier celle des prisons, qui est un monde totalement à part ». (p. 175).
C’est de Chambéry que nous vient cet appel à une nouvelle démarche intellectuelle, tenant compte de la modernité des Anciens, qui préparèrent la Re-naissance européenne, après Averroès et la philosophie du «Kalam» aujourd’hui comme hier, en butte aux mêmes vindictes des intégristes militants. M. Benabadji apporte sa pierre à un combat de Titans.

Christian Lochon



 
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